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Biodiversité urbaine
Publié le 29 septembre 2016

Comment appréhender la protection des espaces naturels dans l'aménagement du territoire ?

La Trame Verte et Bleue, à la base d'un urbanisme éclairé

La Trame Verte et Bleue (généralement abrégée en TVB) est un outil d’aménagement issu du Grenelle de l’environnement. Elle vise à augmenter la surface occupée par les milieux naturels et semi-naturels, à améliorer leur qualité écologique, à préserver leur diversité et à renforcer leur connectivité. Tout ceci afin de freiner la perte massive de biodiversité, constatée au niveau mondial comme aux échelles locales. En effet, l’occupation humaine et les transformations du paysage qu’elle génère sont une des principales menaces pour la biodiversité, à travers différents impacts qui s’entrecroisent :

la destruction quantitative des surfaces naturelles, remplacées par l’urbanisation ou d’autres activités (agriculture et sylviculture, carrières, mines, production d’énergie, aménagements touristiques ou de loisirs…), qui réduit de fait la place disponible pour le reste de la biosphère ;

la réduction en taille des espaces naturels restant. Certaines espèces ont besoin d’occuper un très large territoire et sont donc menacées par le resserrement progressifs de leur milieu. D’autres ne vivent qu’en plein cœur des espaces naturels, ne supportant pas les perturbations apportées par le rapprochement des milieux modifiés par l’Homme ;

l’homogénéisation des paysages et la disparition d’habitats spécifiques, dont les occupants ne peuvent pas se passer ;

la fragmentation du territoire, qui empêche les êtres vivants de parcourir l’espace à la recherche de ressources alimentaires, de lieux de repos, de partenaires sexuels, d’habitats propices à chaque étape de leur vie ou encore de nouveaux espaces à coloniser.

La Trame Verte et Bleue a pour objets principaux ce qu'on appelle continuités écologiques. Il s’agit d’un ensemble de milieux plus ou moins favorables aux espèces considérées, comprenant à la fois les habitats indispensables à la réalisation de leur cycle de vie et des espaces intermédiaires, moins attractifs mais franchissables pour passer d’un habitat à l’autre. Les continuités écologiques sont définies comme l’association de réservoirs de biodiversité et de corridors écologiques.

Les réservoirs de biodiversité sont des espaces caractérisés par une biodiversité remarquable par rapport au reste du territoire. Ils remplissent une grande partie des besoins des espèces considérées et constituent leurs milieux de vie principaux. Ils jouent un rôle crucial dans la dynamique des populations sauvages. De ces secteurs dépendent le développement et le maintien des populations présentes, ils fournissent des individus susceptibles de migrer vers l’extérieur et de coloniser d’autres milieux favorables, et peuvent servir de refuge pour des populations forcées de quitter un habitat dégradé ou détruit. La pérennité des populations qui y vivent est fortement dépendante de leurs effectifs (eux-mêmes limités par la taille des réservoirs) et des échanges génétiques entre réservoirs. Pour toutes ces raisons, les réservoirs de biodiversité doivent fonctionner sous la forme d’un réseau, entre lesquels des individus peuvent se déplacer.

Les corridors écologiques sont des espaces reliant les réservoirs, plus favorables au déplacement des espèces que la matrice environnante. Les milieux qui les composent ne sont pas nécessairement homogènes, continus, ni activement recherchés par les espèces qui les traversent. La qualité principale qui détermine leur rôle de corridor, pour une espèce donnée, est la capacité des individus à les traverser pour relier deux réservoirs, avec un effort de déplacement minimal et une chance de survie maximale. On parle de perméabilité des espaces, ou au contraire de résistance, pour décrire la facilité avec laquelle ils sont parcourus.

Les continuités écologiques prennent donc des formes extrêmement variées et tout habitat naturel peut, à une échelle ou une autre, en faire partie. Pourtant, il ne suffit pas de protéger le premier enchaînement d'espaces "verts" venu pour maintenir la biodiversité du territoire. Pour qu'une politique de Trame Verte et Bleue remplisse son rôle, il est important de se fixer quelques principes de base :

- Hiérarchiser les enjeux et prioriser l'existant : la construction des villes et l'artificialisation en général génèrent nécessairement des dégradations sur le monde vivant ; il est essentiel d'en être pleinement conscient pour pouvoir les minimiser. Cela suppose d'identifier les espaces et les milieux indispensables au fonctionnement des écosystèmes à l'échelle du territoire, ceux qu'il faut absolument protéger (voire restaurer) pour éviter un effondrement de la biodiversité. C'est le rôle de l'outil Trame Verte et Bleue de mettre en lumière les secteurs prioritaires.

Il ne faudrait toutefois pas présenter comme négligeables les milieux agro-naturels d'importance secondaire, car tous sont en intéraction et contribue au système global. Tout projet d'aménagement, dans sa forme finale comme dans sa réalisation, devrait s'efforcer de préserver au maximum les écosystèmes déjà présents. D'autant plus que ce qui est détruit ne peut pas être pleinement reformé par la main de l'Homme, même grâce aux techniques d'ingénierie écologique.

- Garder à l'esprit les besoins des espèces et leur diversité : la qualification d’un espace comme réservoir de biodiversité ou comme corridor dépend de l’échelle à laquelle on se place et des espèces auxquelles on s’intéresse. Les corridors écologiques n’ont pas pour seule fonction d’être des voies de passage pour quelques êtres vivants. Ils peuvent également fournir des ressources essentielles à d’autres espèces et constituent donc pour ces dernières des habitats à part entière.

Les corridors peuvent être discontinus pour des espèces susceptibles de franchir les obstacles (oiseaux, insectes volants, plantes dont les fruits ou les graines circulent sur de longues distances…). Ils peuvent être composés d’une mosaïque de milieux naturels ou semi-naturels différents, si ces derniers ne constituent pas un obstacle pour les espèces considérées. Ils peuvent servir d’habitats « relais », assurant les besoins d’un individu pendant un temps court et lui permettant ainsi de parcourir de plus grandes distances.

- Choisir une stratégie dynamique, pouvant être adaptée : du fait de l'urgence que représente la perte massive de biodiversité, il est nécessaire de mettre en oeuvre dès aujourd'hui des politiques de préservation des continuités écologiques. Celles-ci se basent sur les connaissances actuellement disponibles, qui sont forcément incomplètes et parfois en partie erronées. Notamment, un corridor jugé a priori favorable à une espèce donnée ne signifie pas que cette espèce l’utilisera de manière systématique, ni qu'elle n'empruntera jamais d'autre itinéraire.

Il faut donc être à même de redessiner le tracé de la Trame Verte et Bleue au fur et à mesure que de nouveaux éléments viennent corroborer ou non les trajets pressentis. Cela pose le défi de concevoir des politiques publiques à la fois suffisamment fermes pour protéger efficacement les milieux naturels, et suffisamment souples pour s'adapter à l'enrichissement des savoirs écologiques et à l'évolution du contexte bioclimatique.


Plus d’infos, d’outils, de retours d’expériences… sur le site du Centre de ressources TVB : http://www.trameverteetbleue.fr/

Cet article est dérivé du Lexique de l'éco-urbanisme, par l'agence Lichen : http://agencelichen.wordpress.com

À propos de l'auteur

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Robin Chalot

Hi, I’m Robin. After a few years studying ecology, I fell in love with urban biodiversity. I find that it’s a wonderful tool to raise public awareness of the importance of wildlife in our cities. I turned towards urbanism, to make this field more nature-friendly.

Date de publication

29 septembre 2016

Commentaires

Micron

Bravo !