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Biodiversité urbaine
Publié le 25 avril 2017

Les micro-fermes urbaines : interview de la chercheuse Anne-Cécile Daniel par ecowork

ecowork a eu la chance de discuter avec Anne-Cécile Daniel après la sortie de son rapport sur le fonctionnement et la durabilité des micro-fermes urbaines. Dans le cadre de la Chaire éco-conception, et via l’analyse de 5 micro-fermes urbaines pendant un an et demi, Anne-Cécile s’est intéressée aux aspects techniques, sociaux (avec notamment l’étude de l’ancrage territorial) et économiques du fonctionnement de ces micro-fermes.

Le but de cette étude ? Analyser le fonctionnement des micro-fermes pour mieux les définir, et ainsi mieux les intégrer dans des projets d’aménagement et d’éco-conception ! 

Découvrez son rapport en cliquant ici !

 

Bonjour Anne-Cécile, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Ce que j’aime en quelques mots ? Avoir un pied dans la recherche et un pied dans le monde professionnel !

Je m’intéresse depuis très longtemps aux enjeux qui touchent l’environnement, le paysage, la nature et l’alimentation. Après avoir étudié dans un lycée agricole, j’ai choisi de continuer mes études en choisissant un BTS aménagements paysagers pour acquérir des compétences techniques. Ce sont les projets d’aménagements autour des questions agricoles qui m’ont le plus intéressés, c’est pourquoi j’ai continué mes études à Angers, dans une école d’ingénieur en horticulture et paysage. Elle m’a permis de faire une première année de master en horticulture et la deuxième année en paysage : le bonheur ! Ce parcours m’a permis par la suite de bien comprendre l’agriculture urbaine.

J’ai intégré l’équipe Agricultures Urbaines, dirigée par Christine Aubry,  suite à mon stage de fin d’étude. J’ai mené plusieurs travaux en tant que chargée de mission, dont un travail sur la cartographie des jardins collectifs en Ile de France. J’ai identifié l’ensemble des jardins collectifs en faisant une recherche ville par ville (avec des mots clés et une photointerprétation), pour au final “récolter” une surface totale d’un peu plus de 900 hectares ! Une autre mission financée par la Chaire Eco-conception m’a permis de publier un rapport sur « Aperçu de l’agriculture Urbaine en Europe et Amérique du Nord ». Avec Christine Aubry, nous avons également créé au sein d’AgroParisTech un bureau d’expertise, EXP’AU, où l’on mène différentes missions d'expertise-recherche liées à l'agriculture urbaine avec de partenaires privés ou publics. Cette structure nous a permis de recruter de jeunes ingénieurs, et de répondre aux nombreuses demandes d’accompagnement.

Quel était l’objectif de ta recherche sur le fonctionnement des micro-fermes urbaines ?

En m’intéressant à l’agriculture urbaine, j’ai rapidement réalisé que le sujet devenait « à la mode » mais qu’il y avait encore trop peu de projets réalisés. J’avais l’impression de voir beaucoup de concepteurs de projets mais peu d’agriculteurs urbains. Grâce à cette recherche, j’ai montré en quoi l’agriculteur urbain avait une place centrale dans le projet et que c’est une personne très motivée et engagée.

Aussi, au départ j’étais partie sur l'évaluation de la durabilité des micro-fermes urbaines, mais rapidement j’ai compris que les projets étaient encore trop fragiles pour répondre à cet objectif. Il était plus judicieux de les décrire finement dans un premier temps pour comprendre la complexité de leur fonctionnement et identifier les leviers pour les rendre durables (sans forcément les évaluer).

Les résultats principaux de ma recherche montrent l’importance de faciliter l’installation de ces projets et de diversifier les activités selon le contexte d’implantation. Le rapport est en open source : tout le monde peut trouver de l’information et ainsi, peut-être, éviter certaines erreurs dans la création de ce type de projets.

Quels apprentissages persos et pros ?

Avec cette observation participative qui a duré près de 18 mois, l’aventure fut avant tout humaine. Au départ, ce n’était pas si évident d’être acceptée dans ces projets en tant « qu’observatrice ». Il faut savoir les aider dans les tâches quotidiennes, être à l’écoute et ne pas  prendre trop position: je participais mais je devais accepter les choix qui étaient faits et les comprendre.

Ta rencontre la plus marquante ?

Toutes les personnalités rencontrées étaient différentes et marquantes. Globalement, j’ai mieux appréhendé certains projets avec les personnes dont je me sentais proche. J’ai vécu en immersion, cela implique de partager des moments conviviaux (soirées, repas collectifs etc.), d’avoir des débats sur l’agriculture urbaine, mais aussi de partager des moments plus difficiles : je pense au jour où des jardiniers ont appris que le sol sur lequel ils cultivaient était contaminé. Ils ont attendu de moi que je les aide et trouve des solutions. Heureusement des chercheurs d’AgroParisTech ont été là pour m’aider.

Comment ta recherche peut être intéressante pour des entreprises en termes d’éco-conception ?

Il y a plusieurs apprentissages: il est important de bien connaitre le quartier, le territoire sur lequel le projet doit être implanté. Il ne faut vraiment pas hésiter à rencontrer des associations, des élus, des habitants, des entreprises locales, des agriculteurs etc. et identifier les potentielles forces vives du futur projet. On n’implante pas un projet agricole sur un espace mais dans un territoire. Il est important de trouver des points d’ancrage pour envisager la pérennité du projet. La vraie difficulté réside dans le montage du projet.

Les grands aménageurs ont encore beaucoup à apprendre sur les nouvelles manières d’approcher la question, ils devront par ailleurs apprendre à co-construire avec le milieu agricole. La micro-ferme urbaine est bien l’émanation d’un projet urbain mais aussi d’un projet d’installation agricole. Ce type de projet répond à des besoins et des attentes spécifiques, mais ne doit pas devenir un prétexte à l’urbanisation.

Et maintenant, que vas-tu faire ?

Cette étude a permis de faire naître deux programmes de recherche sur lesquels je vais participer : (le premier en cours et le deuxième devrait commencer en 2018) :

  • REFUGE, un projet qui vise à mettre en place des plans de maîtrise sanitaire adaptés aux fermes urbaines, sur lequel je vais travailler avec des chercheurs spécialistes de la question
  • SEMOIR, pour évaluer les services éco-systémiques rendus dans ces micro-fermes urbaines. Une personne sera à plein temps sur ce projet.

 

J’accompagne également les chargés de mission EXP’AU et rédige des publications pour valoriser les différents travaux menés depuis deux ans.

Des idées pour ecowork à l’avenir ?

Si je devais partir de nos besoins à nous : mieux comprendre ce qui freine l’agriculture urbaine, notamment dans le bilan d’aménagement « qui doit financer quoi et à quelle hauteur ? ». Les ateliers sont utiles et intéressants lorsqu’ils portent sur des cas concrets. L’agriculture urbaine est vue comme un outil génial sur le papier, mais il reste beaucoup à faire pour que cela ne devienne pas une utopie !

 

Les principaux points du rapport

Je vous invite à consulter le rapport d’Anne-Cécile en cliquant ici !

Une dernière précision apportée par Anne-Cécile : “ J’avais de supers stagiaires pour m’aider, alors un grand merci à eux pour leur motivation, leur travail et leur belle énergie !”

Quelle définition des micro-fermes urbaines ?

Nous définissons les micro-fermes urbaines comme des fermes urbaines participatives, offrant une diversité d’activités et demandant une part importante de bénévolat dans leur fonctionnement. Situées en milieu urbain, elles mettent sur le marché des denrées alimentaires qu’elles produisent, et une partie des productions peut être autoconsommée selon leur capacité de production. Celle-ci est variable, allant de la vente ponctuelle sur place ou encore dans des épiceries de quelques produits disponibles, à la distribution de paniers hebdomadaires. Les quantités produites dépendent de la surface disponible, du choix du système technique et du panel d’offre de services qu’elles proposent pour multiplier les sources de revenu. Localisées dans les interstices de la ville, les surfaces cultivées sont généralement faibles puisqu’elles font face à une pression foncière importante, et un partenariat avec le propriétaire qu’il soit public et/ou privé est indispensable à leur existence. Les structures sont très souvent sous forme associative, un dispositif qui leur permet de bénéficier d’aides diverses récompensant les bénéfices apportés au territoire.

Quel rapport avec l’éco-conception ?

Pour notre étude, la question était de savoir en quoi l’aménagement et le fonctionnement au jour le jour d’une ferme urbaine permet d’atteindre les objectifs en termes de développement durable, du point de vue des fermes urbaines.

Quels sont les facteurs de réussite pour la pérennité de ces fermes urbaines ?

La dynamique que créent les fermes urbaines sur leur territoire impose des choix stratégiques dans le système de culture et dépend fortement de la ressource humaine et économique. La réussite d’un projet de micro-ferme pourrait être le point d’équilibre entre ces trois catégories, avec trois grands facteurs de réussite :

  • Une organisation du travail adaptée aux objectifs du projet ;
  • Un accès continu aux ressources de qualité ;
  • Un réseau partenarial solide.

À propos de l'auteur

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Lucie Chartouny

I'm Lucie, the community developer of ecowork! Whether you have an eco-design challenge to solve or wish to help someone else make their city more sustainable, contact me ([email protected]) and I will help you connect with other people to do it !

Date de publication

25 avril 2017

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